1. Réalisez le test suivant :
L’objectif du test est d’amener les élèves à s’interroger sur leurs habitudes alimentaires. Il s’agit de faire prendre conscience aux élèves que nos comportements alimentaires ne reposent pas uniquement sur des choix rationnels.
Vous pouvez donnez aux élèves des indications concernant les raisons possibles :
- j’en ai déjà mangé : j’aime/ je n’aime pas ; un bon goût/un mauvais goût, sensations provoquées par la vue, l’odeur, le bruit de l’animal…
- je pense que c’est bon /risqué pour ma santé…
- présence/faiblesse/carence énergétique, en vitamines, en sels minéraux, en graisse, en apports essentiels…
- c’est recommandé/contre ma culture, mon appartenance religieuse, mon régime alimentaire…
2. A l’aide du tableau, effectuez un classement de vos réponses :
Après que les élèves aient renseigné leurs raisons, il s’agit de les orienter vers un essai de classification. Les réponses données seront de quatre types :
- raisons qui tiennent à l’expérience, au goût, aux sens : j’en ai déjà mangé : donc j’aime ou je n’aime pas
- raisons réelles ou supposées liées à la qualité ou à la nocivité pour la santé, lors de la consommation de cet animal
- raisons réelles ou supposées liées à la qualité nutritive : présence/faiblesse/carence énergétique, en vitamines, en sels minéraux, en graisse, en apports essentiels…
- raisons liées à l’appartenance sociale, culturelle, politique, religieuse, à des convictions personnelles, ou à des représentations symboliques.
3. A partir des résultats du test et de la classification, pensez-vous que le goût et les qualités nutritives soient les seules qualités qu’un animal doit posséder pour être considéré comme un aliment ?
Les réponses obtenues s’inscrivent normalement dans la typologie rappelée par le sociologue Jean Pierre Poulain. Ainsi pour qu’un aliment soit considéré comme tel, il doit posséder quatre qualités :
- une qualité organoleptique : il doit provoquer des sensations agréables, qu'elles soient visuelles, olfactives, gustatives, tactiles, thermiques et même auditives.
- une qualité hygiénique : un aliment ne doit pas être toxique.
- une qualité nutritionnelle : l’aliment doit être source d'apports à l’organisme : apports nutritifs, énergétiques (glucides, lipides), minéral (oligoélément) ; des vitamines, de l’eau. Selon ce troisième critère, un très grand nombre de produits pourraient être des aliments, comme les limaces, les sauterelles, les tigres, les chiens, les feuilles. Bien que certains d'entre eux soient consommés dans d'autres cultures, chez nous.ils sont repoussés avec dégout. Donc, les qualités nutritionnelles sont nécessaires mais non-suffisantes pour faire d'un produit un aliment.
- une qualité symbolique : Enfin, pour être consommé, en plus de ces trois caractéristiques, un aliment doit être porteur de sens pour un groupe social déterminé. Il doit être accepté, conformement au code, à la morale, à la norme, aux représentations, en vigueur dans le groupe social d'apartenance. La charge symbolique d'un aliment et de ses composantes est donc déterminante dans sa consommation.
4. Pouvez-vous citer des groupes sociaux qui ont des habitudes alimentaires différentes des vôtres ?
Les pratiques alimentaires sont différentes, selon l’époque, la géographie, le groupe social d’appartenance. Différents exemples peuvent être apportés aux élèves à partir des animaux cités dans le test :
- En France, le cheval étant devenu un compagnon de loisir, il n’est plus guère apprécié des amateurs de viande.
- C’est aussi à cause de sa proximité de l’homme que le chien, animal familier, est immangeable et sa transformation en viande impensable pour les Occidentaux même si en France, pendant la Commune de 1870, on trouvait des boucheries canines et si l’existence assez récente de boucheries spécialisées en Suisse alémanique est avérée. Dans d’autres cultures, la cynophagie est considérée comme festive, comme en Corée du Sud, identitaire et transgressive en milieu berbère ou médicinale en Chine.
- Dans la tradition juive, la consommation de lapin ou de porc est proscrite, de même que la consommation de cheval. Sont également proscrits l’esturgeon, la lotte, la raie, l’anguille, ainsi que tous les fruits de mer : crevette, langouste, homard, huitre, moule…
- Jusqu’au IXème siècle, chez les Chrétiens, il était interdit de consommer des viandes non saignées.
- L’Islam proscrit la consommation de porc, les boissons issues de la fermentation, mais aussi les animaux carnivores.
- De la fin du XVe siècle à la seconde moitié du XVIIe en France, et souvent plus tard dans d'autres pays comme l'Angleterre, on servait de grands oiseaux, aujourd’hui réputés immangeables comme le paon, le cygne, la grue, le héron, la cigogne, le cormoran, etc. ainsi que les baleines, phoques, loutres de mer, dauphins et autres mammifères marins. (Flandrin, Histoire du goût).
- La baleine est actuellement consommée au Japon, en Islande et en Norvège.
- En boucherie, le chevreau, très apprécié auparavant, disparaît des livres de cuisine nobles et bourgeois à la fin du XVIIe, tandis que le mouton et le veau progressent, et plus encore le bœuf, jusque-là réputé la plus grossière des viandes, et dont les personnes distinguées ne consommaient que le bouillon (Flandrin, Histoire du goût), tandis qu’en chine taôiste entre l’an 200 et le 20eme siècle, le bœuf est considéré comme un « travailleur », et pour les bouddhistes, c'est un être réincarné. Les deux courants se sont d’ailleurs longtemps entendus pour que le bœuf ne soit plus mis à mort, et seulement consommé après une mort naturelle, ce qui laissa peu de place à sa consommation (Vincent Goosaert. L’interdit du bœuf en Chine. Agriculture, éthique et sacrifice.2005)
- La viande de requin frais, en elle-même, est toxique à cause de sa forte teneur en acide urique, mais elle peut être consommée après une longue préparation. c’est le cas du Hákarl, un plat traditionnel en Islande, qui se consomme depuis l’époque Viking, à base de requin du Groenland. Le requin n'expulse pas son urine par un orifice, il la "sue". Ramené à terre, il est enfoui dans le sol pour 5 ou 6 mois, laissé en putréfaction. Lorsqu’on le sort de son trou, on découpe le requin en gros morceaux pour être mis à sécher cette fois à l’air libre pendant plusieurs mois, suspendus. Cette opération permet aux nitrates (contenues dans l’urine) de quitter les tissus musculaires. La viande est enfin servie en petit cube, l'odeur d'ammoniac reste donc très forte, et le goût est assez proche d'un mauvais et vieux fromage.
- La consommation d’insectes (l’entomophagie) qui ne fait guère d’adeptes en France, serait une pratique courante dans certaines régions du monde. Néanmoins, le "E120" colorant alimentaire que l’on retrouve dans de nombreux produits alimentaires est obtenu à base de cochenille.
- En Chine, des éleveurs commercialisent des liqueurs tonifiantes contenant de l’os de tigre. Le tigre est également apprécié pour sa viande dans les restaurants de Malaisie et en 2002, la création d’un zoo permettant aux visiteurs de déguster de la viande de tigre ou d’alligator, était en projet.
- Toujours dans la médecine chinoise, la consommation de cornes de rhinocéros est recommandée, tandis que l’ours brun est très apprécié pour sa bile qui aurait des vertus curatives.
- En Inde, un soft drink à base d’urine de vache garanti délicieux au goût et sans odeur – surnommée « Cow Ka Cola » - a été lancé pour concurrencer les colas classiques (Brigitte Sébastia), tandis qu’en France au XVIIe siècle encore, les médecins de l'époque n'hésitaient pas à goûter l'urine des malades pour détecter leur maladie (Flandrin, Histoire du goût).
- Enfin au Moyen Age la plupart des légumes passaient pour grossiers, comme l'élément « terre » dont ils étaient issus. On ne servait guère sur les bonnes tables que des plats de céréales (fromentée, millot, avenat, etc) et de légumineuses (surtout des pois), qui passaient pour raffinés comme l'élément « air » où ils se développaient, tandis que la plupart des autres légumes, qui poussaient dans la terre (racines, truffes) ou sur la terre (courges, concombres, salades, etc.) étaient considérés comme les plus grossiers des aliments (Flandrin, Histoire du goût).
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